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Alter Ego – Chapitre 2
Categorie: (Alter Ego (yaoi - coprod)) Auteur: Utopiα Date: le 05-01-2008
ALTER EGO
Chapitre 2
Des couleurs, des tons, des effusions de peinture à l’huile déposées avec minutie sur la fragile toile étirée sur le chevalet…
Un modèle, nu, délicieusement offert au regard de l’artiste, un jeune homme blond et gracieux aux traits fins…
Et les doigts experts du peintre qui se focalise sur son œuvre, le tout dans l’écrin à la fois archaïque et luxueux d’une immense pièce aux plafonds hauts décorée de somptueux meubles et de drapés de la Renaissance Florentine…
Le peintre, concentré à la tache, laisse passer ses mèches noires devant son regard scrutateur et professionnel. Il passe régulièrement la main dans ses cheveux et s’affaire à donner le souffle de la vie au corps que ses pinceaux animent sur la toile…
Mais le corps du jeune homme blond qui pose s’anime de tremblements, sa magnifique peau ivoirine se parsème de frissons et sa silhouette offerte se tortille de froid, il ne tient plus en place. La voix du peintre s’élève, sourde, incompréhensible, emboîtée par celle du modèle qui se retourne dans les draps blancs, apparemment emparé par la lassitude d’ainsi greloter…
On distingue une tension palpable, et l’on perçoit distinctement les doigts du peintre se crisper sur sa palette de bois tandis que son regard bleu nuit se fige en direction de son modèle qui lui tourne maintenant le dos. L’artiste, de guerre lasse, dirige son pas lent et assuré en direction du jeune homme aux mèches dorées, laisse ses ustensiles de travail sur le guéridon qui orne le côté du lit et s’y adosse un instant avant de céder…
Là les flashes d’images se succèdent, le peintre passe ses mains tachées de peinture sèche dans la chevelure délicate de son modèle, affectueusement… Son corps s’installe près de lui, contre sa peau nue enrobée du drap immaculé… Un baiser se pose sur la joue du poseur… Les regards se croisent, doux, affectueux, débordants d’amour…
Les doigts du modèle se déposent en une caresse sur le cou de l’artiste, entouré d’un bijou incrusté sur un ruban de velours noir, puis sa main s’en voit délogée et un second baiser se dépose sur le dos de celle-ci… Le modèle pique un fard… Le peintre joint ses lèvres humides à celles du jeune homme, gardant sa main dans la sienne, il la pose à plat sur son cœur et laisse la sienne explorer la peau frémissante de son modèle…
Les baisers se multiplient, gagnant en ardeur, en passion, allumant la flamme du désir entre les deux corps, entre les deux cœurs… Les paumes se font avides et descendent le long des torses des jeunes hommes, on fait glisser le drap, dévoilant de nouveau la nudité du modèle gémissant…
Mais la scène se trouble et la porte s’ouvre dans un fracas sur les silhouettes menaçantes d’une dizaine de chasseurs d’hérétiques qui se saisissent du couple sans ménagement. Les deux hommes se cramponnent l’un à l’autre, animés par l’énergie du désespoir, le brun tentant de rassurer son modèle qui a fondu en larmes, mais on les emmène déjà hors de la pièce, dans la rue grouillante de populace et de saleté où on les enfonce de force à l’arrière d’une charrette… Le modèle a retrouvé sa nudité, on ne lui a même pas laissé son drap, il se réfugie dans les bras protecteurs de son artiste. Ce dernier affiche un visage sombre et dur, car il sait…
Il sait où on les emmène…
Il sait que les regards haineux et emplis de dégoût des Inquisiteurs sont illuminés par la toute prochaine purification, il sait…
Mais voilà que l’allure des chevaux ralentit, et qu’on les jette sans ménagement hors du véhicule, sous les coups de fouet qui meurtrissent leurs chairs et leur arrachent des hurlements… On les sépare et une foule fanatique leur hèle sa haine tandis qu’on les lie solidement sur leurs lits de mort, sur leurs bûchers respectifs… Attachés face à face, ils se regardent, s’échangent pour la dernière fois les vaines paroles que seules leurs deux âmes semblent comprendre…
-Je t’aime ! Ne m’oublie pas ! Ne m’oublie jamais !
Puis les bûchers sont embrasés, les flammes s’élèvent et viennent leur lécher les membres, les détruire, là, hurlants et terrifiés, sous les acclamations de la populace Florentine…
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La panique prit possession de Nikita qui s’éveilla en sursaut dans des draps moites, trempés de sueur…
Ce rêve était… Si réel ! Quelques secondes avant son réveil, il aurait juré sentir les flammes le brûler vif, comme s’il avait fait partie de ce tableau morbide, cette tragédie aux allures de drame historique qui était, dans son esprit, ancrée comme du vécu.
Il mit de longues minutes à calmer son cœur qui tambourinait à un rythme effréné dans sa poitrine, cherchant à tâtons son paquet de tabac brun dans la pénombre de sa chambre aux volets baissés, à travers lesquels filtraient les rayons du soleil d’une matinée printanière bien avancée…
Il alluma sa lampe de chevet et bailla à s’en décrocher la mâchoire, roulant directement une cigarette qui fut rapide à rejoindre ses lèvres et à s’y consumer… Il tira quelques bouffées pour se détendre, le regard dans le vide. C’était la première fois qu’un rêve le transcendait à ce point, le mettait dans un tel état. C’était surtout la première fois qu’il se reconnaissait lui-même dans la faune peuplant l’un de ses songes. Il avait l’habitude d’y voir des scènes horribles, étranges, mais toujours en tant que spectateur. Et cette fois il avait été comme spectateur d’un épisode romancé de sa propre vie, il s’était observé, en habits de la Renaissance, peindre le corps d’Apollon d’un jeune homme blond, se mêler à lui, subjugué, amoureux, et au final, se retrouver puni pour ça…
Cette scène lui troublait l’âme. Lui… dans les bras d’un homme ! C’était inouï !
-Enfin, pas tant que ça, pensa-t-il tout haut.
Cela ne le dérangeait pas tant de se voir cajoler un homme, ni d’ailleurs ne l’aurait dérangé de se voir lui faire l’amour, mais en être amoureux, il ne fallait pas abuser non-plus !
Tout à ses pensées prononcées à mi-voix, il ne remarqua pas de suite le corps nu d’une belle demoiselle s’éveillant dans un doux gémissement d’aise de l’autre côté du lit. Elle le regarda, un sourire radieux aux lèvres.
-Alors beau gosse, on rêve ?
-Hein ? Euh… Salut Soraya, je t’avais pas vue.
-Normal, il est que dix heures, t’émerges tout juste… Et puis, cette nuit tu t’es dépensé !
-Si tu crois que j’étais à mon maximum, tu te trompes, ma jolie !
Elle le détailla avec un large sourire et se leva, toute pimpante, pour disparaître dans la salle de bains, ne laissant filtrer qu’une voix joyeuse et enfantine à travers l’entrebâillement de la porte.
-Ouais, c’est ce qu’on verra une prochaine, je prends une douche et j’te pique le petit déj’!
-Mais fais donc comme chez toi ! Lui lança-t-il gentiment.
De nouveau seul avec ses pensées, il se frotta le visage une fois de plus et tira quelques bouffées sur sa clope, les paupières fermées…
-Bordel, j’en avais même oublié mes exploits de cette nuit !
Nikita se leva enfin, le corps encore légèrement chancelant, et se dirigea comme un automate dans son salon pour s’installer à sa table de dessin…
Sans s’en rendre compte, par réflexe, son crayon dessina le croquis d’un jouvenceau Florentin, le modèle dénudé de son rêve…


